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Cultures en souffrance, rivières à sec, restrictions d'usages de l'eau: après plusieurs épisodes de fortes chaleurs et un déficit de pluies depuis avril, la France connait une situation de sécheresse "exceptionnelle" et "très préoccupante", qui pourrait encore s'aggraver.
"Nous vivons une situation de sécheresse (...) exceptionnelle par sa précocité", avec "près d'un mois d'avance", tout "comme par son intensité", a déclaré mercredi la ministre de la Transition écologique Monique Barbut.
Actuellement, 99 départements connaissent pour tout ou partie des restrictions d'eau, "soit la totalité du territoire métropolitain", dont 43 sont au niveau de crise.
Avec 206 arrêtés préfectoraux en vigueur concernant l'eau, "il s'agit du niveau le plus élevé jamais observé depuis au moins 2013", a indiqué la ministre lors d'une réunion d'une cellule de crise au ministère, à la veille de l'examen en commission mixte paritaire (CMP) du projet de loi d'urgence agricole, où la question de l'eau anime tous les débats.
"Ce qui rend la situation très préoccupante, c'est qu'elle survient alors que les précipitations du printemps étaient globalement dans les normales", a souligné Mme Barbut.
- Paysage désertique -
"Les sols sont les premiers touchés. (...), avec des niveaux d'humidité particulièrement bas" et "proches des records", a-t-elle expliqué.
La ministre a souligné que "les cours d'eau constituent aujourd'hui le point de vigilance principal": depuis début juin, les débits "diminuent rapidement sur l'ensemble du territoire".
"Près d'un tiers des points de mesure se situent à des niveaux inférieurs aux minimas observés ces 20 dernières années" alors qu'"un quart des petits cours d'eau sont désormais à sec".
"C'est une situation inédite depuis la mise en place du suivi national en 2012", a souligné Mme Barbut.
Dans le Doubs, la rivière du même nom a disparu par endroits, ne laissant la place qu'à un amas de roches et de cailloux sur plusieurs kilomètres.
"Avant ça pouvait arriver en août", mais "là c'est plus tôt, plus long, et plus fort", a expliqué à l'AFP Fabien Henriet, le maire d'Arçon, petit village situé à 800 mètres d'altitude où le lit de la rivière a laissé la place à un paysage désertique.
Cette situation "inédite" a également des conséquences sur l'industrie - trois réacteurs étaient toujours à l'arrêt mardi - et l'agriculture.
La situation est particulièrement dramatique pour le maïs. La chambre d'agriculture de Nouvelle-Aquitaine redoute "jusqu'à 100% de pertes" pour les champs non irrigués dans la région.
Les nappes phréatiques sont aujourd'hui dans une situation "plus favorable" en raison d'une recharge hivernale abondante "mais cette réserve diminue rapidement", indique Monique Barbut.
- "Guerre de l'eau" -
"Notre première priorité est de garantir l'accès à l'eau potable", a dit la ministre. Aujourd'hui environ 100.000 habitants sont concernés par des ravitaillements en eau, mais "tout indique que cette situation continuera de se dégrader en l'absence de précipitations significatives dans les prochaines semaines", a averti Mme Barbut, appelant à la "vigilance", à la "sobriété" et à la "responsabilité".
Au Parlement, le projet de loi d'urgence agricole, profondément remanié par le Sénat, "risque d'aboutir à un bouleversement profond de la politique de l'eau actuelle en France", selon une note de la ministre publiée par le média Contexte.
Le texte contient notamment un article visant à faciliter la construction d'ouvrages de stockage d'eau et prévoit notamment de modifier la tutelle des agences de l'eau, de doubler d'ici 2035 la capacité de stockage de l'eau destinée à l'agriculture et de nombreux assouplissements aux contraintes environnementales.
Mme Barbut s'est déjà insurgée contre ce qu'elle considère comme une "priorité" donnée à l'usage agricole de l'eau au détriment par exemple de "l'eau potable et la sécurité civile".
Des élus locaux ont aussi mis en garde contre une loi qui va démarrer "une guerre de l'eau", tandis que scientifiques, écologistes, anciens ministres de l'Agriculture et le troisième syndicat agricole, la Confédération paysanne, ont dénoncé le texte revu par le Sénat.
La FNSEA, syndicat agricole dominant, juge elle "vital" le stockage de l'eau dans un pays où seules 7% des terres cultivées sont irriguées.
T.Dixon--TFWP