The Fort Worth Press - Dictature argentine, 50 ans après: la mémoire reste un combat

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Dictature argentine, 50 ans après: la mémoire reste un combat
Dictature argentine, 50 ans après: la mémoire reste un combat / Photo: © AFP

Dictature argentine, 50 ans après: la mémoire reste un combat

"Plus jamais ça!": Comme chaque 24 mars, des dizaines de milliers d'Argentins défileront mardi pour commémorer le coup d'Etat qui instaura la dictature de 1976-1983. Une multitude aux accents de consensus démocratique, qui ne masque pas les luttes en jeu pour la mémoire, ravivées par l'arrivée au pouvoir de Javier Milei.

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Le coup d'Etat militaire, qui renversa le fragile gouvernement d'Isabel Peron, mit en place une politique systématique de détention et d'élimination d'opposants ou perçus comme tels. Jusqu'à l'effondrement de la junte en 1983, dans le sillage de la défaite argentine dans la guerre des Malouines.

Un demi-siècle après, aperçu du legs de la dictature, et de sa mémoire:

- Quête sans fin -

L'identification début mars à Cordoba des restes de 12 disparus, sur le site d'un ancien "CCD" (centre clandestin de détention) comme le pays en compta des centaines, rappelle le travail dans l'ombre qui continue, 50 ans après.

Identification, aussi, des "bébés volés" à des détenues disparues, et donnés à des familles "amies" de la junte: le dernier en date, "petit-fils N°140", en juillet 2025. En resteraient autour de 300 à retrouver.

Les procès continuent: début 2026, plus de 1.200 personnes avaient été condamnées pour crimes et violations des droits de l'homme sous la dictature, dans 361 jugements distincts.

A l'instruction ou en procès, près de 300 procédures restent ouvertes dans différentes juridictions. Mais avec un plafond de verre potentiel, entre archives disparues, protagonistes qui décèdent, et mutisme des milieux militaires de l'époque.

"Qu'ils disent où ils sont!", réclament chaque année les marches du 24 mars, portraits de disparus brandis à bout de bras.

- Mémoire "complète"? -

"Ils ne furent pas 30.000, ils furent 8.753", clamait Javier Milei peu avant son élection à la présidence 2023, contestant le bilan communément admis de 30.000 morts et disparus des organisations de droits humains.

"Jamais on n'aurait pu imaginer ce qui allait se passer (après le coup d'Etat). Ce plan systématique, ce système conçu pour l'enlèvement, la disparition et l'assassinat...", médite Ana Careaga, qui fut détenue et torturée pendant 4 mois alors qu'elle était âgée de 16 ans.

Le chiffre brandi par le président Milei se référait à la liste officielle établie en 1984 au sortir de la dictature, liste dont la Commission des disparus (CONADEP), depuis dissoute, a toujours dit qu'elle était ouverte, vouée à évoluer.

Mais l'effet de Milei est celui d'un tabou brisé, un narratif à reconquérir: celui de la "théorie des deux démons", du "c'était une guerre". Une théorie mettant de facto sur un pied d'égalité l'élimination systématique d'opposants par l'Etat, et la violence de guérillas d'extrême gauche au début des années 70.

Une partie de l'exécutif assume ouvertement cette bataille culturelle, pour briser ce qu'il dénonce comme une hégémonie mémorielle de la gauche. En 2025, il a diffusé un long message vidéo revendiquant cette "vérité complète", avec témoignages de victimes d'attentats de guérillas de gauche.

"Quelque chose du pacte démocratique s'est rompu avec ce gouvernement", diagnostique auprès de l'AFP le politologue Ivan Schuliaquer. Mais le mouvement des droits humains "garde une capacité de mobilisation du discours, de la rue, de visibilité, sans encore de véritable adversaire à son échelle".

- "Promesse" démocratique -

"Il serait naïf de penser que le passé, la mémoire, ne fait pas l'objet de luttes politiques", résume l'historien Federico Lorenz, auteur de travaux sur la mémoire interrogé par l'AFP.

Selon un sondage récent du groupe de réflexion CELS, une écrasante majorité d'Argentins (71%) a une image négative de la dictature (7% positive). Et 70% souhaitent que les procès continuent. Mais 22% avouent savoir "peu" et 6% "rien" sur le sujet.

"Il y a une sorte de socle commun, transversal, mais qui est davantage une condamnation +morale+ de la dictature, que bien informée historiquement", décrypte pour l'AFP Federico Lorenz.

Et au-delà du travail de mémoire, des procès, des disparus à identifier, "peut-être la principale dette, la tâche en suspens, de la démocratie post-dictature, est qu'elle garantisse le bonheur des Argentins", avance-t-il.

"La promesse démocratique de 1984, le slogan du président d'alors Raul Alfonsin, était +Avec la démocratie, on mange, on se soigne, on s'éduque+. Mais un gamin d'aujourd'hui serait tout à fait en droit de dire +comme on en est loin!+"

"Une démocratie juste ne peut rester indifférente aux besoins de base des ménages, à la détérioration du travail digne", a appuyé l'Eglise argentine dans son message du 50e anniversaire. Dénonçant, sans mention explicite du gouvernement, un climat politique de polarisation, de violence verbale et d'exclusion sociale.

T.Dixon--TFWP