The Fort Worth Press - Affaire des "ports africains": Vincent Bolloré jugé en décembre à Paris pour corruption

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Affaire des "ports africains": Vincent Bolloré jugé en décembre à Paris pour corruption
Affaire des "ports africains": Vincent Bolloré jugé en décembre à Paris pour corruption / Photo: © AFP/Archives

Affaire des "ports africains": Vincent Bolloré jugé en décembre à Paris pour corruption

L'une des premières fortunes de France devant la justice: le milliardaire conservateur Vincent Bolloré doit être jugé en décembre à Paris, notamment pour corruption d'agent public étranger au Togo entre 2009 et 2011, dans l'affaire dite des "ports africains".

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Vincent Bolloré encourt jusqu'à 10 ans de prison et 375.000 euros d'amende, selon une source judiciaire.

L'audience est prévue du 7 au 17 décembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, a précisé une source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. Le parquet national financier (PNF) a également confirmé.

Les faits remontent à la campagne électorale de 2010 du président togolais Faure Gnassingbé.

M. Bolloré, 73 ans, figure incontournable des médias et de la logistique, devra répondre de son rôle dans les agissements de l'agence de publicité Euro RSCG (devenue Havas), une filiale de son groupe, qui aurait notamment fourni des prestations pour la campagne présidentielle de M. Gnassingbé à un prix sous-évalué.

En échange, le président togolais a appuyé l'attribution "à partir de mai 2009 de divers avantages au groupe Bolloré" et à ses filiales, dont le prolongement de la durée de concession pour "l'exploitation du port de Lomé et des avantages fiscaux et la construction d'un troisième quai", selon l'ordonnance rendue mercredi et dont l'AFP a eu connaissance jeudi.

Pour les juges d'instruction, ces faits doivent être appréhendés comme de la corruption d'agent public étranger, ayant couru de 2009 à 2011, alors que M. Bolloré était président du groupe Bolloré.

L'industriel breton est également renvoyé pour complicité d'abus de confiance au Togo entre 2009 et 2010, mais aussi en Guinée entre 2010 et 2011, dans le cadre de la campagne présidentielle de l'ancien dirigeant Alpha Condé en 2010.

- Procès "impossible" -

Les avocats de M. Bolloré ont annoncé à l'AFP faire appel de l'ordonnance des juges rendue mercredi "pour des motifs procéduraux".

Surtout, Mes Céline Astolfe et Olivier Baratelli ont estimé que "la tenue d'un procès équitable" était "impossible", en raison du parcours inhabituel qu'a connu l'affaire devant la justice française.

Vincent Bolloré avait été mis en examen en 2018, mais en 2021, le milliardaire, ainsi que Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré à l'époque, et Jean-Philippe Dorent, directeur international chez Havas, avaient reconnu les faits lors d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), acceptant une peine de 375.000 euros d'amende.

Sauf que la juge Isabelle Prévost-Desprez avait refusé de l'homologuer, renvoyant le dossier à l'instruction.

Elle avait en revanche homologué une convention judiciaire d'intérêt public (Cjip) pour le groupe Bolloré, qui avait payé 12 millions d'euros d'amende contre l'abandon des poursuites.

Pour les avocats de M. Bolloré, la CRPC non homologuée de M. Bolloré a porté une "atteinte irrémédiable" à sa "présomption d'innocence".

"Vincent Bolloré s'est retrouvé un matin au tribunal de Paris, devant une formation composée à dessein qui a d'abord approuvé l'encaissement de l'argent, enregistré la reconnaissance de culpabilité demandée, puis soudainement et contrairement à la parole donnée et aux accords passés a refusé l'homologation prévue", s'indignent-ils jeudi dans leur communiqué, rappelant avoir saisi la Cour européenne des droits de l'homme.

- "Moment de vérité" -

De leur côté, Gilles Alix est renvoyé pour corruption d'agent public étranger au Togo entre 2009 et 2010, abus de confiance au Togo entre 2009 et 2010, ainsi qu'abus de confiance en Guinée entre 2010 et 2011.

Jean-Philippe Dorent a lui été renvoyé pour complicité d'abus de confiance au Togo, entre 2009 et 2010, et en Guinée-Conakry entre 2010 et 2011.

"Jean-Philippe Dorent conteste fermement les faits qui lui sont reprochés et rappelle que le contexte procédural de ce dossier a porté atteinte à son droit à un procès équitable", a fait savoir à l'AFP son avocat Me Harold Teboul.

"Les prévenus ont fait incident sur incident pour éviter un procès. Mais heureusement, la justice fonctionne très bien (en France), même pour les hyper-fortunés. L'affaire sera enfin jugée et nous attendons le moment de vérité en décembre", a salué auprès de l'AFP Me Alexis Ihou, avocat du défunt Agbéyomé Kodjo et de Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, candidats malheureux à la présidentielle de 2010 au Togo.

"Après une longue bataille juridique dans laquelle Vincent Bolloré a multiplié les recours dilatoires, Anticor et Sherpa se réjouissent que la justice passe et qu'un procès puisse enfin se tenir", a aussi réagi Me Jérôme Karsenti, avocat des deux associations anti-corruption.

Outre ce dossier des ports africains, le PNF a reçu une plainte en mars 2025 d'un collectif panafricain pour recel et blanchiment d'actifs dans le cadre de plusieurs concessions portuaires gérées jusqu'en 2022.

Cette plainte vise Vincent Bolloré et son fils Cyrille qui lui a succédé à la tête du groupe familial, pour des accusations de recel au Cameroun, Ghana et Côte d'Ivoire et de blanchiment au Togo et en Guinée.

S.Jordan--TFWP